Le 15 octobre dernier, ma volontaire de planification et moi animions une discussion sur les grands obstacles rencontrés par les filles dans leur parcours scolaire, tout cela dans le cadre du vaste projet de plaidoyer Photo Voice dans l’Extrême-Nord piloté par VSO. Nous avions invité une douzaine de profs -5 femmes et 4 hommes se sont présentés- venant de différents milieux : école de brousse, école privée catholique, école du centre de Maga, institut technique.
Nous avons commencé par identifier quel était le facteur le plus important selon elles et eux et systématiquement, le mariage précoce revenait en tête de liste. Il faut savoir qu’ici, dans l’Extrême-Nord, dès l’âge de 12 ans, une jeune fille peut être donnée en mariage contre rétribution –en argent ou en biens de toutes sortes- et trop souvent, elle ne peut discuter la décision de son père qui attend cette dot et qui ne veut surtout pas dépenser davantage pour l’éducation d’une fille qui sera dans une autre maison. Je vous laisse imaginer les scènes où carrément on pousse la fille à sa belle-famille qui vient la chercher contre son gré et elle ne sait pas où elle aboutira… ni qui elle mariera.
À la fin de la réunion, comme dernière activité, j’ai pensé que les professeurs pourraient écrire une lettre à une élève qu’ils connaissent, afin de l’encourager à persévérer. C’est une façon plus personnelle de s’engager face à ce problème et en même temps, ces lettres pourraient révéler des témoignages inédits. En voici quelques extraits :
Dear Amina,
I have noticed with dismay that you stay away from school. I even heard you will soon get married. Amina, the school need you most. Remember you made the school won the first prize in singing competition. The school have decided to give you a scholarship to finish your class 6 with us. Remember marriage at your age is not primordial for now. I will assist you in all your classroom problems.
Lettre à mon élève,
Ma chère Viviane, je trouve en toi une fille très intelligente et dévouée pour réussir seulement le fait que tu ne maîtrises pas la langue française et que tes parents refusent de payer tes fournitures scolaires ne peuvent te permettre d’aller plus loin dans tes études. Je suis ton enseignant et à cet effet je veux t’encourager à réussir en te donnant des cours particuliers de langue française afin que tu puisses mieux t’exprimer en cette langue et aussi je vais chaque année jusqu’en classe de CM 2 acheter toutes les fournitures dont tu auras besoin et aussi payer tes frais d’examen pour le CEP.
Certains enseignants et directeurs d’école vont jusqu’à démarcher pour obtenir un acte de naissance car il faut savoir qu’ici, les parents ont un mois pour déclarer la naissance d’un nouveau-né et après, il faut un jugement d’une cour située très loin d’ici basé sur un certificat médical d’âge apparent et une attestation à l’état civil de l’arrondissement de non-existence d’acte de naissance, autant de tracasseries administratives qui font que trop d’enfants n’ont pas d’acte. Je vous expliquerai dans une autre chronique ce qui occupe actuellement une grande partie de mon emploi du temps, car nous sommes dans la période des inscriptions au lycée et de l’examen de fin du primaire. J’ai une grosse pile de 140 demandes d’actes datant de 2007 que je dois élaguer car depuis, il y a plusieurs enfants qui ne fréquentent plus le lycée, ou les filles sont allées en mariage. Les élites sont bien prêtes à payer pour ces enfants, mais il faut un nombre plus restreint …
Et voici une photo qu'une fille de 6ème année a pris de sa réalité... elle est au champ de riz. Et si le travail n'est pas terminé, son père ne lui permettra pas de partir le matin pour l'école
Un blog sur une expérience de volontariat en éducation au Cameroun, des commentaires et recueil de témoignages de Camerounais et de volontaires internationaux basés au Cameroun
Association des mères d'élèves, à Pouss
Des mères d'élèves se réunissent pour soutenir leurs filles à l'école de Bagassaré, mars 2009
mercredi 9 novembre 2011
dimanche 23 octobre 2011
La cellule pédagogique au primaire : se remettre en question et partager ses expériences
Vendredi le 21 octobre, l’École catholique de Maga accueillait la toute première cellule de la zone de Maga de l’année 2011-2012. Ce n’était pas ma première expérience car j’ai assisté à presque toutes les cellules lors de mon affectation à Pouss, mais j’avais hâte de voir la dynamique, avec des directeurs que je ne connaissais pas sauf un, et des profs inconnus aussi… L’ambiance est très différente des cellules de Pouss car ici à Maga, comme c’est le centre administratif de l’arrondissement, il y a des gens qui viennent de partout, il n’y a pas de dominante ethnique bien que le mousgoum soit très présent ici… Mais on n’est pas en famille … Est-ce que cela va jouer un rôle dans les débats ???? Je vais le voir…
L’organisation même du calendrier est très révélatrice et j’ai assisté à cette réunion avec tous les directeurs des écoles primaires de la zone. Il y a 6 réunions par année scolaire, chaque école doit accueillir sur une rotation de deux ans et on alterne entre une école plus centrale - privée ou publique- et une école de brousse, car le déplacement des profs pose toujours un problème. Puis chaque cellule présente un niveau et une discipline; on a donc de la 1ère à la 6ème année et quant aux disciplines, on équilibre le tout pour ne pas qu’une discipline soit traitée deux années de suite. Ainsi, cette année on aura une leçon de langage en 1ère année, hygiène en 2ème, lecture en 3ème, éducation physique et sportive en 4ème, anglais en 5ème et géométrie en 6ème.
La première cellule peut commencer. Après les présentations d’usage, le groupe de plus de 80 profs et directeurs confondus –et il y a plusieurs absents- accueille la classe de 1ère année et son enseignant qui fera une leçon de langage de 30 minutes sur les parties de la tête, avec dessin au tableau !! Les enfants entrent en classe avec un chant, se mettent en place puis font une prière car à l’école privée, la religion peut se pratiquer. Ils s’assoient et l’enseignant commence. Les enfants regardent le dessin, nomment les parties, puis viennent au tableau marquer les parties qu’ils reconnaissent. L’enseignant corrige au fur et à mesure toutes les fautes y compris la langue car aucun enfant ici ne parlait français lorsqu’il est entré au primaire et il y a encore bien des erreurs de prononciation. Ici, à la différence de plusieurs écoles, les effectifs restent autour 40 enfants. Mais j’ai vu plus de 120 enfants dans une classe de maternelle…
Après la leçon, un collègue fait le résumé détaillé –il « fait le film de la leçon »- puis on passe à la partie critique, en commençant par les aspects positifs pour passer aux aspects à améliorer ou qui sont discutables. Ce qui est intéressant, c’est que tout le monde participe, qu’on soit prof de 1ère ou de 6ème !! Chacun se permet de contribuer à la discussion car il ne faut pas oublier qu’il y a bien peu de maîtres FORMÉS ici. La cellule devient le lieu de formation et de perfectionnement de la très grande majorité des enseignants.
On passe maintenant à la partie la plus fastidieuse mais qui est au cœur de la formation, soit la confection de la fiche didactique en 5 étapes car ici, toute leçon de langage comporte 5 étapes. Il faut préciser les objectifs, les modalités pour le prof et l’étudiant, l’évaluation puis les stratégies de remédiation ou correction. Un secrétaire est au tableau, les profs travaillent collectivement à confectionner cette fiche qui ira à l’Inspection de la préfecture et les profs la recopient dans leur cahier. Ce cahier peut à tout moment faire l’objet d’une inspection et l’enseignant doit se déplacer à l’Inspection. Un prof qui manquerait des cellules ou remplirait mal son cahier risque d’avoir à remplir une demande d’explication et cela reste à son dossier.
Nous avons commencé à 8h30 et c’est à 13h30 qu’on s’arrête, sans pause pour tous en même temps !!!!! C’est un peu la façon de faire : quand on a une tâche, on fait tout une fois car les enseignants ici ont d’autres occupations : les travaux champêtres, la pêche, un petit commerce. Il n’y a que les directeurs et les profs payés par l’État qui peuvent se sentir un peu plus à l’aise. Les autres - maîtres payés par la commune ou par les parents- doivent avoir d’autres ressources.
Et ils sont là, tout un vendredi, même si certains n’ont pas été payés par la commune pendant 4 mois, d’autres recevront leur première paye venant des parents en janvier prochain et d’autres vivront avec l’équivalent de 80$ pour toute l’année… Et quand on les entend discuter de pédagogie, c’est comme s’ils sortaient de l’École normale des instituteurs… ils sont conscients des moindres détails, connaissent les faiblesses des enfants et comment y remédier. Ils méritent notre respect. Chapeau bien bas les profs !!!!!
L’organisation même du calendrier est très révélatrice et j’ai assisté à cette réunion avec tous les directeurs des écoles primaires de la zone. Il y a 6 réunions par année scolaire, chaque école doit accueillir sur une rotation de deux ans et on alterne entre une école plus centrale - privée ou publique- et une école de brousse, car le déplacement des profs pose toujours un problème. Puis chaque cellule présente un niveau et une discipline; on a donc de la 1ère à la 6ème année et quant aux disciplines, on équilibre le tout pour ne pas qu’une discipline soit traitée deux années de suite. Ainsi, cette année on aura une leçon de langage en 1ère année, hygiène en 2ème, lecture en 3ème, éducation physique et sportive en 4ème, anglais en 5ème et géométrie en 6ème.
La première cellule peut commencer. Après les présentations d’usage, le groupe de plus de 80 profs et directeurs confondus –et il y a plusieurs absents- accueille la classe de 1ère année et son enseignant qui fera une leçon de langage de 30 minutes sur les parties de la tête, avec dessin au tableau !! Les enfants entrent en classe avec un chant, se mettent en place puis font une prière car à l’école privée, la religion peut se pratiquer. Ils s’assoient et l’enseignant commence. Les enfants regardent le dessin, nomment les parties, puis viennent au tableau marquer les parties qu’ils reconnaissent. L’enseignant corrige au fur et à mesure toutes les fautes y compris la langue car aucun enfant ici ne parlait français lorsqu’il est entré au primaire et il y a encore bien des erreurs de prononciation. Ici, à la différence de plusieurs écoles, les effectifs restent autour 40 enfants. Mais j’ai vu plus de 120 enfants dans une classe de maternelle…
Après la leçon, un collègue fait le résumé détaillé –il « fait le film de la leçon »- puis on passe à la partie critique, en commençant par les aspects positifs pour passer aux aspects à améliorer ou qui sont discutables. Ce qui est intéressant, c’est que tout le monde participe, qu’on soit prof de 1ère ou de 6ème !! Chacun se permet de contribuer à la discussion car il ne faut pas oublier qu’il y a bien peu de maîtres FORMÉS ici. La cellule devient le lieu de formation et de perfectionnement de la très grande majorité des enseignants.
On passe maintenant à la partie la plus fastidieuse mais qui est au cœur de la formation, soit la confection de la fiche didactique en 5 étapes car ici, toute leçon de langage comporte 5 étapes. Il faut préciser les objectifs, les modalités pour le prof et l’étudiant, l’évaluation puis les stratégies de remédiation ou correction. Un secrétaire est au tableau, les profs travaillent collectivement à confectionner cette fiche qui ira à l’Inspection de la préfecture et les profs la recopient dans leur cahier. Ce cahier peut à tout moment faire l’objet d’une inspection et l’enseignant doit se déplacer à l’Inspection. Un prof qui manquerait des cellules ou remplirait mal son cahier risque d’avoir à remplir une demande d’explication et cela reste à son dossier.
Nous avons commencé à 8h30 et c’est à 13h30 qu’on s’arrête, sans pause pour tous en même temps !!!!! C’est un peu la façon de faire : quand on a une tâche, on fait tout une fois car les enseignants ici ont d’autres occupations : les travaux champêtres, la pêche, un petit commerce. Il n’y a que les directeurs et les profs payés par l’État qui peuvent se sentir un peu plus à l’aise. Les autres - maîtres payés par la commune ou par les parents- doivent avoir d’autres ressources.
Et ils sont là, tout un vendredi, même si certains n’ont pas été payés par la commune pendant 4 mois, d’autres recevront leur première paye venant des parents en janvier prochain et d’autres vivront avec l’équivalent de 80$ pour toute l’année… Et quand on les entend discuter de pédagogie, c’est comme s’ils sortaient de l’École normale des instituteurs… ils sont conscients des moindres détails, connaissent les faiblesses des enfants et comment y remédier. Ils méritent notre respect. Chapeau bien bas les profs !!!!!
lundi 12 septembre 2011
LA FLAMBÉE DES PRIX : LES PRIX DES TENUES SCOLAIRES SONT HOMOLOGUÉS ET CEUX DES LIVRES RESTERONT STABLES
Le ministre du Commerce a dû venir à la rescousse des parents qui magasinent les fournitures scolaires : il a fixé les prix de vente maxima pour les livres et manuels scolaires ainsi que les prix des tenues, et ce même si le prix du coton atteint des niveaux jamais vus. Au primaire, il faut savoir qu’une tenue coûte en moyenne 5 000 FCFA et au secondaire, elle peut aller jusqu’à 8 500 FCFA. Ajoutez à cela les livres, les cahiers et les crayons et vous comprenez vite pourquoi en brousse, les enfants n’ont aucun livre.
Le Collectif des librairies citoyennes du Cameroun organise pour sa part des caravanes de vente promotionnelles dans les petites villes peu desservies par des librairies dédiées à la vente de manuels. Dans l’Extrême-Nord, chaque jour est dédié à une localité prédéterminée et cela jusqu’à la fin septembre.
Les jours de marché des villages prennent le relais mais la disponibilité des manuels est fortement réduite. Il faut alors trouver quelqu’un qui va en ville …
Dans mon sac de provisions, j’y mets parfois un livre de math ou de français quand un directeur d’école a assez d’argent, après avoir payé la craie…
Au supermarché DOÔV du quartier Bastos, Yaoundé. 2 CAN$ = 1000 FCFA. Faites le calcul et vous verrez que les manuels ne sont pas donnés !
Hotmail - odetteisabel@hotmail.com - Windows Live
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LA RENTRÉE AU CAMEROUN SOUS LE SIGNE DE LA LUTTE AU PALUDISME
Dans la chambre d’hôtel, deux cadeaux de bienvenue : un panier de fruits et une moustiquaire, gracieuseté de VSO !!
Des moustiquaires, il y en aura tout près de 9 millions*, près d’un pour deux Camerounais. Et de la bonne qualité : ils seront imprégnés d’insecticide à longue durée d’action –c’est le bouclier MILDA-. Le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité au Cameroun. Les enfants ratent encore trop de jours de classe à cause de cette maladie, qui amène des maux de tête, de la fièvre et de fortes douleurs musculaires. Son traitement accapare près de 40% des dépenses de santé des familles, et de telles dépenses expliquent pourquoi on préfère parfois ne pas envoyer son enfant à l’école, afin de garder de l’argent à la maison pour traiter les malades.
Dans les régions très éloignées comme l’Extrême-Nord, ce sera tout un défi de s’assurer que les moustiquaires se rendent dans les familles car la population est dispersée sur un vaste territoire, et la saison des pluies n’étant pas terminée, les pistes ne sont pas toujours praticables. Dès que je serai à Maga, je m’apprêterai à soutenir la campagne de distribution de ces moustiquaires avec la volontaire nationale et j’assisterai à des causeries éducatives si l’occasion se présente. Ce sera un bon moyen pour moi de prendre contact avec les parents et de m’intégrer dans mon village.
Il faudra aussi être vigilants au marché, et s’assurer que ces moustiquaires n’y soient pas revendues. Une des stratégies mises de l’avant sera de les distribuer sans l’emballage, pour toute suite les installer dès qu’ils arriveront à la maison.
*Toutes les données sont tirées de Cameroon Tribune, 19 août 2011
Tout ceci ne serait pas possible sans le soutien de vedettes telles les footballeurs Samuel Eto’o et Song, la Fondation Exxon et l’opérateur de téléphonie mobile MTN.
Et pendant les trois prochains mois, à 21h00, MTN enverra à ses abonnés un texto très simple : « Dormez sous la moustiquaire ». Le téléphone mobile devient le complément idéal de toute cette lutte.
mardi 30 août 2011
Vol en Hexacopter au-dessus du Cameroun - le blog vincentdidier par : didier
Vol en Hexacopter au-dessus du Cameroun - le blog vincentdidier par : didier
Pour vous donner le goût de venir me voir !!!!!!!!
Pour vous donner le goût de venir me voir !!!!!!!!
C pour Cameroun : C pour communauté éducative
Je suis à la Petite Marche sur St-Denis, avec Yasmine et Raphaëlle, deux ex-volontaires à Bogo, près de Pouss. Deux passionnées d'éducation, et qui voudraient tellement rentrer dans mes valises !! Et nous discutons des premières difficultés des enfants camerounais lorsqu'ils entrent à la maternelle : personne ne parle français !!! Par où commencer ??? C'est très difficile pour eux d'écouter le maître -ou la maîtresse !- car il faut commencer par les lettres, les sons, et avec des classes de 80 enfants parfois, tous assis par terre. Il fait chaud, il n'y a pas d'eau.
Mais ils et elles sont là. Pour moi, il est là le miracle. Et jamais sans perdre de vue qu'il s'agit de DONNER une langue sans enlever le dialecte du village.
Et c'est pour cela que nous tentons de mettre sur pied des classes d'alphabétisation des mamans, à leur demande d'ailleurs. Pour qu'elles donnent l'exemple à leurs enfants et surtout à leurs filles. Et elles peuvent soutenir les enfants dans la lecture. Elles apportent leur ardoise et leur cahier, et avec 35 heures, elles arrivent à comprendre et à s'exprimer. Parfois, elles veulent continuer. C'est avec les filles du lycée, en organisant des clubs d'alphabétisation qu'on peut arriver à continuer ce travail.
Et on fête chaque succès !!!
Mamat, le prof d'alpha a bien raison d'être fier de toutes ses élèves. Ici, à Palia, un quartier de Pouss.
lundi 22 août 2011
Quelques jours encore...
Bonjour à vous !!! Ou bonsoir .... de Maga, région de l'Extrême-Nord, Cameroun
L'éducation dans tous ses états !!!
Je vous souhaite la bonne arrivée, à la camerounaise.
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