Association des mères d'élèves, à Pouss

Association des mères d'élèves, à Pouss
Des mères d'élèves se réunissent pour soutenir leurs filles à l'école de Bagassaré, mars 2009

dimanche 23 octobre 2011

La cellule pédagogique au primaire : se remettre en question et partager ses expériences

Vendredi le 21 octobre, l’École catholique de Maga accueillait la toute première cellule de la zone de Maga de l’année 2011-2012. Ce n’était pas ma première expérience car j’ai assisté à presque toutes les cellules lors de mon affectation à Pouss, mais j’avais hâte de voir la dynamique, avec des directeurs que je ne connaissais pas sauf un, et des profs inconnus aussi… L’ambiance est très différente des cellules de Pouss car ici à Maga, comme c’est le centre administratif de l’arrondissement, il y a des gens qui viennent de partout, il n’y a pas de dominante ethnique bien que le mousgoum soit très présent ici… Mais on n’est pas en famille … Est-ce que cela va jouer un rôle dans les débats ???? Je vais le voir…
L’organisation même du calendrier est très révélatrice et j’ai assisté à cette réunion avec tous les directeurs des écoles primaires de la zone. Il y a 6 réunions par année scolaire, chaque école doit accueillir sur une rotation de deux ans et on alterne entre une école plus centrale - privée ou publique- et une école de brousse, car le déplacement des profs pose toujours un problème. Puis chaque cellule présente un niveau et une discipline; on a donc de la 1ère à la 6ème année et quant aux disciplines, on équilibre le tout pour ne pas qu’une discipline soit traitée deux années de suite. Ainsi, cette année on aura une leçon de langage en 1ère année, hygiène en 2ème, lecture en 3ème, éducation physique et sportive en 4ème, anglais en 5ème et géométrie en 6ème.
La première cellule peut commencer. Après les présentations d’usage, le groupe de plus de 80 profs et directeurs confondus –et il y a plusieurs absents- accueille la classe de 1ère année et son enseignant qui fera une leçon de langage de 30 minutes sur les parties de la tête, avec dessin au tableau !! Les enfants entrent en classe avec un chant, se mettent en place puis font une prière car à l’école privée, la religion peut se pratiquer. Ils s’assoient et l’enseignant commence. Les enfants regardent le dessin, nomment les parties, puis viennent au tableau marquer les parties qu’ils reconnaissent. L’enseignant corrige au fur et à mesure toutes les fautes y compris la langue car aucun enfant ici ne parlait français lorsqu’il est entré au primaire et il y a encore bien des erreurs de prononciation. Ici, à la différence de plusieurs écoles, les effectifs restent autour 40 enfants. Mais j’ai vu plus de 120 enfants dans une classe de maternelle…
Après la leçon, un collègue fait le résumé détaillé –il « fait le film de la leçon »- puis on passe à la partie critique, en commençant par les aspects positifs pour passer aux aspects à améliorer ou qui sont discutables. Ce qui est intéressant, c’est que tout le monde participe, qu’on soit prof de 1ère ou de 6ème !! Chacun se permet de contribuer à la discussion car il ne faut pas oublier qu’il y a bien peu de maîtres FORMÉS ici. La cellule devient le lieu de formation et de perfectionnement de la très grande majorité des enseignants.
On passe maintenant à la partie la plus fastidieuse mais qui est au cœur de la formation, soit la confection de la fiche didactique en 5 étapes car ici, toute leçon de langage comporte 5 étapes. Il faut préciser les objectifs, les modalités pour le prof et l’étudiant, l’évaluation puis les stratégies de remédiation ou correction. Un secrétaire est au tableau, les profs travaillent collectivement à confectionner cette fiche qui ira à l’Inspection de la préfecture et les profs la recopient dans leur cahier. Ce cahier peut à tout moment faire l’objet d’une inspection et l’enseignant doit se déplacer à l’Inspection. Un prof qui manquerait des cellules ou remplirait mal son cahier risque d’avoir à remplir une demande d’explication et cela reste à son dossier.
Nous avons commencé à 8h30 et c’est à 13h30 qu’on s’arrête, sans pause pour tous en même temps !!!!! C’est un peu la façon de faire : quand on a une tâche, on fait tout une fois car les enseignants ici ont d’autres occupations : les travaux champêtres, la pêche, un petit commerce. Il n’y a que les directeurs et les profs payés par l’État qui peuvent se sentir un peu plus à l’aise. Les autres - maîtres payés par la commune ou par les parents- doivent avoir d’autres ressources.
Et ils sont là, tout un vendredi, même si certains n’ont pas été payés par la commune pendant 4 mois, d’autres recevront leur première paye venant des parents en janvier prochain et d’autres vivront avec l’équivalent de 80$ pour toute l’année… Et quand on les entend discuter de pédagogie, c’est comme s’ils sortaient de l’École normale des instituteurs… ils sont conscients des moindres détails, connaissent les faiblesses des enfants et comment y remédier. Ils méritent notre respect. Chapeau bien bas les profs !!!!!